Le plasticien Guillaume Hillairet exposera à la Maison Municipal Frugès – Le Corbusier   du 01 er mars au 31 mars,  la machine à habiter lui a posé quelques questions.

Connaissais-tu la cité Frugès auparavant ?

Je connais la cité Frugès depuis mon arrivée à Bordeaux quand j’ai intégré l’École des Beaux-arts. J’ai très vite parcouru les environs de Bordeaux et notamment les lieux forts à mon sens de la CUB, ceux qui sont porteurs d’une potentialité plastique et j’imaginais que la cité Frugès en faisait partie, comme l’ancienne gare d’Orléans à l’époque à l’abandon, ou la Maison Carré d’Arlac à Mérignac, les hangars sur les quais, les Grottes de Majolan, depuis longtemps je parcours la ville et les lieux construits ou en construction de manière souvent sauvage, et même la nuit.

A quelle occasion ?

La première fois que j’ai parcouru les rues de la Cité Frugès, c’était par curiosité, j’en avais entendu parler à l’École des Beaux-Arts, j’ai pris le bus, la CGFTE à l’époque et j’y suis venu me balader. Je ne crois pas avoir vraiment à l’époque ressenti quelque chose d’identifiable concrètement et qui m’aurait marqué, si ce n’est la dimension décalée de cet ensemble de maisons dans le tissu urbain actuel. Je ne connaissais pas non plus Le Corbusier et son travail, c’était une balade « exotique » faite par un jeune étudiant avide de découvertes.

Quelle a été ta première vision de la cité ?

La première vision que j’ai eue de la Cité, au sens peut-être où tu l’entends ce n’est pas tant à ma première visite, mais bien plus tard lorsque je défrichais dans mon travail des notions comme les rapports qu’entretiennent un corps physique avec les espaces, les lieux dans lesquels il est. J’ai alors découvert le Modulor de Le Corbusier et des images de la Cité me sont revenues, cela devait être 5 à 6 ans après ma balade sur place. Je n’y suis pas retourné aussitôt pour autant, mais l’idée de faire quelque chose là-bas a germé en moi, puis est restée comme un élément en suspens. C’est à l’occasion d’une résidence à l’artothèque de Pessac en 2009 que je me suis rapproché de la Cité encore une fois avec un projet précis et  j’ai rencontré un couple qui m’a permis de rentrer pour la première fois dans une des maisons et  me conter l’histoire vernaculaire je pourrais dire et pas fantasmée.

Ton travail au sein de la cité a t-il changé ton regard ?

Je me suis installé à la cité pour ce projet d’exposition dès le mois de juin 2012, j’avais envie d’y être dans une sorte de résidence, et j’ai pu régulièrement avec la précieuse aide de Cyril Zozor poser mon bureau sur le toit-terrasse de la Maison Municipale. C’est là qu’on peut dire qu’effectivement et physiquement mon regard à changé sur la cité. Premièrement parce que je la voyais vivre à mes pieds, et deuxièmement parce que je pouvais expérimenter les lieux, physiquement et dans sa dimension sociale d’un lieu d’habitation en dehors de toute considération architecturale. C’est aussi pour moi le moment des rencontres avec les habitants, des échanges avec eux sur cet endroit particulier qu’ils habitent et que j’avais envie d’investir. Avec un des habitants par exemple nous avons beaucoup parlé couleur puisque sa maison jumelle est en attente de cette polychromie caractéristique de la cité. Et parce que mon projet nécessitait d’avoir à disposition les couleurs de la cité pour deux des œuvres que j’allais réaliser pour l’exposition.

Quel Elément architectural t’as le plus marqué?

Je crois que c’est le principe de base, c’est-à-dire le jeu de modules de 5m x 5m et leurs moitiés 5m x2,50m , qui constitue l’ensemble des sept types de maisons de la cité. Et aussi la potentialité extraordinaire, en y associant les couleurs pensées par Le Corbusier, que pouvaient avoir les lieux en imaginant que nous pourrions modeler de nouveaux espaces en jouant avec ces formes cubiques. Ainsi est né dans mon esprit  l’idée de la vidéo Un principe d’adaptation : trois enfants de la cité jouent avec un jeu de construction, à l’échelle 1/50éme de la cité.

si tu devais redonner un nom à ce quartier lequel serait-il ?

Je ne pense pas qu’il y ait besoin de redonner un nom au quartier, plutôt que la Cité Frugès, je reviendrais au premier nom qui est si peu employé les Quartiers Modernes Frugès, qui me semble être vraiment porteur des intentions de départ et remet la cité dans son contexte historique.

Pour ceux qui désireraient en connaître d’avantage sur le travail de Guillaume Hillairet nous vous invitons à parcourir son site.

 

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